fictionalize you life

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interviews, conversations



Mars-avril 1986, le premier numéro des Inrockuptibles, fanzine de luxe, présente Chris Isaak en couverture, puis … Des générations de lecteurs et lectrices qui n’ont pas choisi leur date de naissance prennent le train en marche plus ou moins tard. Certains se persuadent que ça y est, c’est obligé, le monde entier écoutera bientôt de la musique sensible, intelligente, à danser ou folle à lier. La nouvelle de la défaite definitive du mainstream est forcément imminente.


20 ans plus tard, aujourd’hui, maintenant, des milliers de disques et un site clignotant avec des clips et des ringtones après, pas mal de grains de sable ont bougé. Des tas de lecteurs ont enrichi leurs vies grâce à un magazine et ont adopté des disques où les musiciens ont enregistré le meilleur d’eux-mêmes. Et tant pis si parfois leur cœur balance entre une gratitude infinie et des fâcheries en voyant changer ce qu’ils aimaient. Il en est ainsi dans la vraie vie, aussi. Hors des pages des Inrocks, Jean-Daniel Beauvallet, genre de pile nucléaire ou pilote fondateur, répond à des tas de questions posées en pagaille parce que les 20 ans sont un prétexte en or. « Quelques réponses, avec la langue de bois dans le tiroir », dit-il en gardant le dernier mot pour Radiohead, en gardant aussi son énergie pour l’enthousiasme et l’esprit de découverte, un des secrets de ceux qui ne perdent pas leur vie à la gagner.


Aviez-vous fait d’autres fanzines avant de commencer les inrocks, chacun dans son coin, même photocopié à 15 exemplaires ?


Oui, of course, l’un des miens s’appelait « Paresse éprouvante ». Il y eut aussi « Harmonie négative » mais notre vrai fanzinat, ce fut les radios pirates, dès 1979 pour moi, adolescent avec déjà trop de disques…


Une rencontre cruciale qui vous a vraiment persuadé qu’il fallait le faire, ce premier numéro ?


Rencontrer Fevret et se rendre compte, façon David Vincent, que je ne suis pas tout seul.


Qui a fini de rédiger le premier la première interview ?


Fevret I think.


Qui fut le premier vrai abonné ? de quand date son abonnement ? le 100ème ? le 1.000ème ? le 10.000ème ?


Sans doute une mère ou une grand-mère de l’un d’entre nous, les souvenirs sont flous.


L’interviewé préféré ?


Parmi les miennes, Bowie, pour comptes réglés avec l’enfance. Pour le journal, Gainsbourg, Shaun Ryder, Pialat…


L’interviewé le plus tête de lard ?


Lou Reed, malheureusement.


La plus grosse déception, frustration pénible à combler ?


Ne jamais avoir parlé à Sly Stone, Céline ou Kubrick.


La plus belle sueur froide, bagarre, discussion acharnée ?


Le quotidien d’un hebdo ! une belle engueulade : Rocard en couve ou pas. My Bloody Valentine ou Carax en couve ?


De quelle interview, numéro, découverte, chronique êtes-vous le plus fier ?


Très fier du # 24 (spécial Velvet) du mensuel. Depuis, rien à signaler.


Qui est Arnaud Deverre, le directeur de la publication qui n’écrit rien (ou alors il y a fort longtemps, dans les premiers numéros)? Un beau frère, un ami de l’ombre ?


Le fondateur, qui signa sous le nom Narnush Cover. Immense fan de musique, mais trop humble pour s’imposer.


Comment avez-vous décidé de passer en mensuel puis hebdo ? Aviez-vous vu venir la mauvaise humeur de certains lecteurs ?


On savait que ça ne passerait pas : même en interne, il y avait des doutes. Mais le mensuel serait mort en 97 ou 98, nous avions fait le tour.


À quel point la bataille fut-elle rude pour ces mutations ?


Nous avons failli claquer 50 fois. Ça reste très dur, nous ne sommes pas fait pour ça, nous sommes des paresseux contrariés. C’est notre naïveté qui nous a sauvés souvent.


Arrivez-vous à distinguer la vie professionnelle de la vie privée ? (Les concerts le soir et le weekend, l’inspiration qui arrive n’importe quand ?)


Jamais. Le seul moment de paix et de déconcentration, c’est le foot (1h par semaine) et la pêche (1h par an). Le reste de ma vie n’est que musique, constamment. Je collectionne les iPods pour toujours avoir de la musique sur moi.


Il y a quoi au mur dans les bureaux des rédac’ chefs ?


Ici, chez moi, des disques d’or qui me tiennent à cœur (Buckley, Radiohead, De La Soul…), une toile de Banksy, une peinture très belle de Joy Division, des posters de l’Hacienda, des tirages originaux de Bowie, des Smiths, du Velvet … et plein d’objets bizarres.


Vous n’en avez jamais eu assez, de courir après le prochain numéro ?


Jamais eu assez de faire partager ma joie et ma passion de faire découvrir un nouveau disque. Rien ne me serait plus insupportable que de ne pas connaître un nouveau disque génial et d’en priver les lecteurs.


Vous êtes vous jamais censuré en vous disant que quelque chose n’intéresserait pas les lecteurs ? que ce n’était pas encore le moment ?


Beaucoup de choses dans mes articles sont très personnelles et ne peuvent pas toujours être captées, mais ça fait du bien. Je me suis censuré quand j’ai écrit que Clapton était une grosse pute. J’aurais dû être méchant.


Une bonne fée vous propose de vivre une journée (ou une semaine, ou une année) à la place de quelqu’un d’autre. qui choisissez-vous ?


Dieu


Qu’auriez-vous fait si vous n’aviez pas fait le journal ?


Avocat ou loser.


Qu’est-ce qui vous inquiète le plus ?


La prison.


Qui est votre monstre favori ?


Mathias Malzieu.


Qui est votre super héros préféré et pourquoi ?


Tintin, parce qu’il est toujours bien coiffé et que sans lui, je n’aurais jamais envisagé le journalisme.


Le récit d’une journée idéale de rédacteur ?


Ça serait bien d’écouter de la musique, de lire 20 journaux, de faire une interview et d’écrire 5 articles.


Jusqu’à quel point aimez-vous recevoir du courrier ?


J’adore converser. Mais ma solitude est grande dans mon bureau, je passe parfois des journées entières sans rencontrer un humain.


Que manque-t-il à votre bonheur ?


La paix, la sérénité, le calme, des nuits de sommeil.


Quelle a été la période la plus facile des Inrocks ?


Forcément l’époque où le journal sortait tous les deux mois… Je me souviens que je pouvais aller à la Fnac, chez Rough Trade, jouer au foot, avoir une vie…


La période la plus destroy ?


Depuis 15 ans, le tourbillon.


La période la plus euphorique ?


Chaque sortie de numéro… A l’époque de bimestriel, nous célébrions chaque parution par un déjeuner au restaurant Les Vendanges, dans le 14e. Recevoir le numéro est toujours une joie et une frustration.


La période la plus déprimée ?


La mort d’un de nos collaborateurs. L’impuissance face au suicide.


Existe-il une plus belle phrase au monde jamais écrite sur la musique ?


My life was saved by rock’n'roll (Lou Reed)


Ou une plus ratée définition de la musique. Juste pour rire.


La musique est un cri qui vient de l’intérieur.


Est-ce qu’il y a beaucoup de groupes qui trichent, qui écrivent des chansons poignantes et se comportent mal dans la vie avec leurs semblables ?


Oui, mais les vrais artistes sont souvent à la hauteur, ils paient de leur personne, ne calculent pas. Indochine, c’est pour moi le triomphe du cynisme.


Quand Bruno Juffin met dans la phrase en exergue sur les New York Dolls un « nonobstant », je ne peux pas m’en empêcher, je pense toute seule en rigolant que ça vous a des allures de code secret.


Ça veut dire en effet : « qu’une attaque cérébrale frappe immédiatement George Bush. » mais ça n’a pas marché.


Qu’avez-vous fait de plus fou pour aller rencontrer quelqu’un ?


Pris un ferry (je déteste les bateaux). Fait la pute avec des managers. Ecrit des lettres chaque mois avant que la personne cède. Fait un voyage direct Liginiac / New York, pour me rendre compte sur Broadway que dans l’urgence, je n’avais même pas nettoyé mes chaussures et que j’avais importé de la bouse de vache de notre voisin en Corrèze.


Faut-il être dans un état (d’esprit) particulier pour écrire ? Où et quand l’inspiration vient-elle le plus facilement ?


Malheureusement, la musique met constamment mes sens en alerte. Ça peut me prendre n’importe où. Toujours un carnet sur moi. Jeudi soir, à un concert, j’ai rempli 20 pages pendant que jouait The Spinto Band. Boire m’aidait, mais je ne veux plus m’aventurer.


Est-ce que c’est difficile parfois d’attendre le bon moment pour faire une interview avec un groupe, qu’il soit prêt, ou est-ce que vous foncez toujours ?


Oui, nous n’avons pas toujours le choix. Quand Morrissey nous dit, il y a une semaine, qu’il veut nous voir le lendemain à Rome, il faut tout interrompre. C’est frustrant, mais ces caprices font partie de l’histoire. Mais je suis patient : j’ai attendu 6 ou 7 ans, en lui écrivant chaque mois, avant de parler à Scott Walker. Je ne veux rien bâcler : j’attends. Sly Stone ou Prince y passeront un jour.


Faut-il continuer à parler aux gens qui disent “Jesus and the Mary chain” au lieu de “The Jesus and Mary Chain” ?


Non, tout ça est la faute de Lenoir, c’est lui qui a propagé ce mythe laid.


C’est quand même flatteur, non, d’être convoqué par Morrissey, même s’il faut tout lâcher séance tenante (pour la sortie à venir de « Ringleader of the Tormentors ») ?


Oui, il sait trouver les mots. Il a trop compté dans ma vie, je ne l’écrirai sans doute jamais, car comme disait le Prisonnier dans le feuilleton, à la question « What side are you on ? », je répondrai « that would be telling… »


Le premier indice qui vous a laissé entendre qu’il existait des tas de musiques méconnues et passionnantes ? Et comment avez-vous déroulé le fil de découverte en découverte ?


La découverte à 12 ou 13 ans du Velvet par un voisin qui me faisait réviser les cours… dont l’anglais… Découverte d’un vaste monde outre-moi… C’est là-dessus que j’ai construit mon église.


On vous a laissé aller sans chaperon aux concerts à partir de quel âge ? A-t-il fallu se battre ?


Aux concerts de jazz depuis la naissance, par plaisir d’abord, par obligation ensuite. Refus à partir de 12/13 ans… ensuite, le rock, les premiers concerts punks pourris à Tours, des moments magiques et minables, l’impression d’appartenir.


Est-ce que les pages écrites la nuit pendant que jouent les groupes vivent toujours le jour qui suit ? Parce que certaines idées qui paraissent d’une évidence lumineuse la nuit redeviennent des citrouilles à la relecture du lendemain.


Le premier jet a toujours raison, c’est la première impression reçue avec évidence et clarté, qui a le mérite de toujours croire l’enthousiasme. Ne jamais accepter de peser le pour et le contre, il n’y a qu’une voie.


Est-ce que vous continuez à entendre des détails inconnus dans des disques que vous pensiez pourtant appris par cœur ?


Oui, ça m’est encore arrivé récemment sur un disque de Krafwerk… Ceci dit, c’est fascinant de revenir sur des disques ou des livres avec lesquels on a grandi pour se retrouver, à différents âges, face à la même œuvre. Emotions parfaitement intactes en écoutant Lou Reed, par exemple.


Combien de disques / livres sont pour vous des madeleines de Proust ? Lesquels ?


Berlin de Lou Reed, Autobahn de Krafwerk, Paris 1919 de John Cale, les premiers Eno, Joy Division, Hunky Dory de Bowie, le 3è Velvet, The Breaks de Kurtis Blow, Sugar Hill Gang, des maxis disco comme Funkytown, Klaus Nomi, le premier Massive Attack (et des centaines d’autres)… et Nico aussi. Aucun Stones, aucun Beatles.


Avez–vous un truc pour vous sentir invincible quand vous devez passer du temps avec des gens que vous n’aimez pas ?


Une capacité inouïe à être là physiquement en étant très loin mentalement…. Technique développée dès le CM1, perfectionnée ensuite en art de vivre.


Grâce aux paroles de quels groupes avez-vous appris le plus de vocabulaire en anglais ?


Lou Reed. J’ai passé des étés entiers, à la fierté de mes parents, à traduire tant bien que mal ses paroles… S’ils avaient su…


Habiter en pays anglophone, c’est une promesse de jeunesse à soi-même, de quand ? Ou bien ça s’est imposé au fil des choses ?


C’est des rencontres qui font franchir le pas, transformer le rêve en nécessité… J’ai suivi une fille à Manchester, mais je suivais aussi New Order.


Habiter à Brighton, ce ne serait pas une façon d’être loin physiquement pour être plus prêt mentalement ?


Besoin de me retrouver au centre des activités et des décisions, sans ce cynisme qui me tuait à Paris. Je préfère un enthousiaste à un cynique, même si l’un et l’autre le sont pour de mauvaises raisons.


« Love will tear us apart » est-elle une chanson désespérée ou tout le contraire ?


C’est une des chansons les plus ‘uplifting’ que je connaisse, d’une joie intense. Un ami l’a fait jouer aux grandes orgues à son mariage. Sa femme n’a pas trouvé ça drôle.


Avez-vous écrit des paroles, des chansons, bref, tenté l’aventure du groupe ?


Juste une fois, pour un chanteur français très connu (Etienne Daho). Manque de temps, timidité aussi, ce fut très mauvais. Mais j’adorerais écrire, puisque je ne peux pas chanter.


De quelles personnes avez-vous appris le plus ?


De Mr Billon, un prof de maths, de mon ami Olivier Bas, de mes collègues historiques des Inrocks, des articles d’Assayas, Gorin ou Garnier. De Céline, de Salinger. Mais je dois tout à Tintin.


Est-ce que ça devient de plus en plus facile, de plus en plus dur, toujours pareil, ce métier ?


Je n’arrive pas à me lasser et pourtant, l’industrie fait tout pour. Je me réveille chaque matin en me pinçant : il y avait un job pour moi en France et je l’ai. C’est mieux que de gagner au loto ou d’empocher le Goncourt (en plus, pas besoin d’écrire un livre).


Que pensent le NME des Inrocks ? Et que pensent les Inrocks du NME ?


Le NME ne pense plus depuis longtemps. Je le lis depuis 25 ans, aujourd’hui pour les pubs uniquement.


Comment est née cette propension à faire des listes? Toujours vivace? Ça sert à quoi? Est-ce que les réponses aux listes changent ou jamais?


C’est une manière de retomber en léthargie enfantine, de se poser des petites questions intenses pour éviter les grosses angoissantes. Je me souviens très clairement avoir tenté de faire, comme si une radio me l’avait demandé, mon Top 10 de mes romans favoris. Je devais avoir 8 ou 9 ans. Je n’avais pas lu 10 romans.


Si vous aviez une devise pour votre travail aux Inrocks, ça serait quoi?


Travail, famine, party.


Jusqu’à quel point peut-on souhaiter le succès aux musiciens qu’on aime, sachant que souvent ça change les gens?


C’est un dilemme, mais je veux vraiment que tout le monde entende les chansons qui me bouleversent. Je ne fais pas le service après-vente : tant pis si certains deviennent des trous du cul, ceux là ne méritaient pas mon amour. C’est un bon test, ça, le succès, pour mesurer la gratitude, l’amitié, les promesses : peu de gens avec qui j’ai été intime ne m’ont finalement déçu. La preuve : la semaine dernière, à un concert de Brighton, un type me tape sur l’épaule et s’excuse de me déranger, en me disant : “on se connait, je joue dans Radiohead’. Sacré Colin.


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