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interviews, conversations





weareunique.bandcamp.com/



Sur le label We Are Unique, les gens normaux sont tout à fait exceptionnels. Le quatrième album d’Half Asleep, Subtitles For The Silent Versions y est sorti ce printemps. Sa pochette, saisissante d’inquiétante étrangeté, pique la curiosité, ouvre le chemin, il faut aller de l’avant, car il est trop tard pour faire demi-tour. Sur treize morceaux à nuls autres pareils se succèdent de délicats motifs de bois et de cuivres, des éclats de voix, des moments de calme et de tension.

De la guitare aux accents espagnols de « How quiet ! » aux arpèges de piano de « Ceres Pluto Eris », sans oublier les quatre minutes a capella de « Personnalité H », la recherche musicale mène hors de la zone de confort.

Le travail sur les voix entrelacées de Valérie et de sa sœur Oriane (parfois en concert avec une nouvelle compagne, Claire) est remarquable, sur « The grass divides as with a comb », et sur le dernier titre, « (une histoire d’)Astronautes-Marins-Pêcheurs ». « The invitation » est un des sommets du disque et un inoubliable souvenir de concert. Il commence comme chez Debussy et finit en accord égrené, répété jusqu’à devenir un drone acoustique dont on rêve qu’il ne finisse jamais.

Dans une relecture tout à fait personnelle et passionnante des musiques du passé, la partition écrite par Half Asleep conviendrait parfaitement à un salon de musique où se côtoieraient Cat Power, Nico et Emily Dickinson, les joues rougies de froid puis de chaud près d’une cheminée flamboyante. Il s’agit, pour ces descendants et descendantes de préraphaélites en baskets, de faire éclater les frontières de la normalité, faire entrer des idées folles et magnifiques dans la réalité.


Une jeune femme derrière une guitare est une des choses les plus émouvantes au monde. Un jeune homme qui danse autour d’une barre est assez renversant aussi, la preuve en image avec ce clip de The Bell :


(une histoire d’)Astronautes-marins-pêcheurs, pour « Le Cargo ! » : http://lecargo.org


Une interview de décembre 2010 :


Merci infiniment à Valérie d’avoir répondu d’aussi belle manière à quelques questions plus ou moins claires.


Plusieurs années ont passé depuis l’album précédent, et pendant ce temps, des voyages? des lectures? pour quoi / qui t’es-tu passionnée?


Je suis partie vivre un an aux Etats-Unis pour mes études ; mais le disque était plus ou moins terminé, j’aidais déjà – transatlantiquement - mes labels à préparer sa sortie. Je n’ai pas lu beaucoup de fictions du coup. Deux livres que j’ai quand-même adorés là-bas : Autobiography of red, d’Anne Carson et l’autobiographie romancée de Kristin Hersh, Rat Girl. Le premier est juste sublime, incroyablement ingénieux, et m’a laissée pantoise, le second est très surprenant pour qui pense que les autobiographies de « personnalités » sont toujours mal écrites ; je ne te dis pas le nombre de fois que j’ai embrassé la couverture du livre, de bonheur et d’admiration.


As-tu appris de nouveaux instruments entre l’album précédent et celui là?


Appris, non. Essayé d’apprendre, oui. J’ai acheté une clarinette et une vieille autoharp. Quelqu’un de très aimant m’a aussi offert cette petite « autoharp » pour enfants américains, mais qui n’a pas de barres de feutre d’accords, et dont les cordes sont assez éloignées les unes des autres pour pouvoir les frapper au lieu de les pincer. J’utilise la clé d’accordage pour frapper les cordes d’ailleurs, ce n’est pas du tout prévu à cet effet, mais je m’amuse. Et puis ça fait ressembler le son obtenu à celui d’un cymbalum/hammered dulcimer qui est l’instrument que j’aimerais réellement apprendre à jouer. La clarinette vient doucement. Mais il faut que je m’y mette avec un peu plus de ferveur. Mon but est d’arriver plus tard à passer sur une clarinette basse, qui est un de mes instruments préférés… mais je crains de n’avoir jamais les poumons.


Qui est la troisième chanteuse qui vous a accompagnées toi et Oriane lors des récents concerts parisiens?


C’est Claire Vailler, du duo Midget ! (avec point d’exclamation). Midget !, c’est tout récent comme projet, c’est pour ça que les gens ne connaissent pas encore. Mais bientôt ils connaitront. Et Claire est aussi une rencontre récente, mais musicalement, on est tout à fait sur la même longueur d’ondes, et je me suis sentie très vite assez en confiance pour oser lui demander d’être ma troisième voix. Grâce à elle, j’ai réalisé qu’il y avait tout à fait moyen de donner une incarnation « live » à toutes les satanées parties vocales de Subtitles for the Silent Version. Je n’y croyais qu’à moitié jusque là.


D’où viennent les clips? As-tu donné des directives, laissé les gens libres? Les as-tu contactés ou sont-ils venus proposer des idées?


Tu parles des clips de The Bell et Sea of Roofs ? J’ai demandé à plusieurs personnes que je connaissais s’ils étaient intéressés de me faire une vidéo et la plupart d’entre eux ont accepté. D’autres projets sont encore en cours. J’ai laissé tout le monde assez libre, même si en théorie, il y avait une charte – mais vraiment minimale, plutôt ludique même – à respecter.

Antonin de Bemels est un artiste bruxellois qui se cache aussi parfois derrière un étrange personnage appelé Bonhomme Daniel, et dont j’aime beaucoup l’univers un peu absurde, pince sans rire et sombre à la fois. Antonin a réalisé une vidéo pour « Sea of Roofs » et, de son projet, je ne savais rien avant qu’il m’envoie un jour ce lien mystérieux vers la vidéo terminée. On est tombé d’accord pour qualifier le clip de « minimalisme romantique », ce qui colle relativement bien en fait à mon approche de la musique, et de l’art en général. Avec deux simples lignes noires mouvantes sur un fond blanc, la vidéo suggère un face à face étonnant.


Le clip de The Bell a été réalisé par Gustave Lafon qui est un mystère, mais aussi quelqu’un de proche et d’immensément talentueux. Le danseur, Thomas Vatant Antonelli, est une des étoiles montantes de cette nouvelle discipline sportive/artistique qu’est la pole dance française, et un des meilleurs amis de Gustave (ainsi que le flûtiste de mon disque). Ensemble, ils ont m’ont proposé ça : 4 minutes de pole-dancing dans un garage sombre. Rien que pour le décalage, il fallait le faire. Et qui aurait crû que le résultat allait être si émouvant ? Ça l’est pour moi, en tout cas, qui ai pris en pleine figure la mesure le talent de ceux qui m’entouraient.


C’est embêtant si on te dit que le dessin illustrant la pochette est dérangeant? (mais dans le bon sens, celui qui pose les questions du même nom)


Embêtant ? non… ça m’embêterait plus si tu me disais que c’était moche. Ma famille n’est pas fan en tout cas. Sauf ma sœur, évidemment, qui a tenu la plume et l’encre et proposé ces petites pièces de bravoure. Personnellement, je trouve ce dessin dérangeant aussi. J’ai pas mal hésité avant de le choisir, surtout qu’il me met directement en scène et tout le monde le voit, le sait, et quelqu’un m’a même demandé si c’était difficile d’avaler une racine. Mais ce n’est pas avaler : la racine – qui, dans mon esprit était plutôt une branche d’ailleurs – fait le mouvement inverse, elle pousse vers le soleil (et, bizarrement, je trouve ça pire). Quoi qu’il en soit, plastiquement j’aimais beaucoup cette image ; sa force noire et son tranchant, associés à la musique, m’ont semblé cohérents. C’était peut-être idéal pour passer au-delà de l’anecdote et de la douceur. Ceci dit, je n’ai jamais perçu cette douceur dans la musique que je fais, jamais jamais. Ce n’est pas parce qu’une musique n’est pas bruyante qu’elle est douce. C’est ce que je pense… mais je pense aussi que chacun écoute avec ses propres oreilles et que, dans un sens, c’est très bien comme ça.


De quel titre es-tu le plus fière sur ce disque? (ou « y a-t-il un titre qui te tient plus à cœur que les autres sur l’album? »)


Oh la méchante question. J’aime tous les morceaux de l’album. Mais je pense être particulièrement fière du « tronçon du milieu » du disque, de cet enchaînement entre les chansons « Mars », « the grass divides as with a comb » et « sea of roofs ». Ces titres sont l’apparition de l’étrange et ils annoncent déjà le prochain disque, ce vers quoi je veux aller. Ceci dit, je crois que « the grass » aura toujours une place particulière dans mon imaginaire auto-musical… C’est le titre parfait, dans le sens où il contient toutes mes aspirations du moment : la menace, la complexité mélodique, le polymorphisme de structure, l’instrumentation riche, l’explosion rapide et le chœur de voix humaines. Oui, je suis très très fière de ce titre. Je pourrais en faire une carte de visite.


Et aussi, as-tu écrit et enregistré les morceaux peu à peu ou tous ensemble sur une courte période?


Oh non, tout s’est étalé sur une de ces longues périodes. 5 ans. Tout s’est beaucoup trop étalé. Et l’écriture, et l’enregistrement, et le mixage. Ce n’est pas à recommander. Je ne me le recommande pas pour le prochain disque en tout cas. La cause principale a été le fait d’entreprendre cette grande aventure totalement en solitaire, sans aucune limite ni deadline. Et parfois je suis vachement paresseuse ou ai d’autres choses à faire, ou suis trop heureuse pour penser à m’enfermer chez moi avec mes instruments ; du coup, il pouvait se passer 6 mois sans que rien n’avance. Le côté positif, c’est que la musique évolue à son rythme, ou à mon rythme plutôt ; elle épouse la courbe d’une existence et naît quand elle doit naître. Enfin quand même, 5 ans, c’est beaucoup trop long.


Est-ce qu’il y a quelque chose de spécial à être une femme qui fait de la musique?


Etre une femme qui fait de la musique ? J’aime bien cette question, elle est simple, presque « bateau », mais personne ne va vraiment jamais au fond du sujet. Ce que je trouve étonnant, c’est que dans ma vie de tous les jours, j’ai à peine conscience d’être une femme. Je ne suis pas particulièrement féminine, ni séductrice, n’y pense pas vraiment. En musique, c’est pareil, je n’écris jamais avec la conscience d’être une femme, j’ai l’impression que ça n’entre même pas en ligne de compte. Pourtant, et c’est marrant, la façon dont les gens me perçoivent à travers la musique : cette féminité m’est renvoyée tout le temps. Je dirais même que c’est devenu un point de définition fondamental de mon projet. Et à y réfléchir, je crois que ça l’est devenu précisément parce qu’il n’y a pratiquement que des hommes – nombreux, merveilleux, évidemment, là n’est pas le problème – qui écrivent sur la musique indépendante. Alors je deviens sensuelle (si vous voulez), « jolie blonde » (tout est relatif), ensorceleuse, charmeuse, femme fatale, gorgone (really?), etc. Evidemment, ça me flatte qu’on puisse voir en moi toutes ces choses que je n’ai jamais vues. Mais je me rends compte que toutes ces choses sont aussi une mise à distance, une déclaration d’altérité. Ce qui est difficile, et ce que je ressens maintenant, et c’est très subtil, c’est qu’il y a comme un palier, une barrière, quelque chose de difficile à franchir. Le monde de la musique est essentiellement un monde de camaraderies masculines, duquel il est facile de se sentir exclue. Entre les techniciens du son, les musiciens, les chroniqueurs, les passionnés, les historiens du « rock » (au sens large), - tous des mecs – il y a beaucoup de clins d’œil qui s’échangent, beaucoup de l’histoire des grands génies qui s’écrit, pendant que les femmes, en périphérie, continuent à être louées pour leur sensualité, leur sensibilité, leurs talents vocaux, ou leur beauté. Et pas pour les mondes qu’elles créent, ni pour leur vision, leur savoir-faire, leur intelligence (y compris émotionnelle). Si Pj Harvey est une des seules références qui vient à l’esprit des chroniqueurs depuis 15 ans à l’écoute d’à peu près n’importe quelle nouvelle artiste féminine, c’est parce qu’elle est une des seules à qui l’on a octroyé cette individualité, cette vision, cette intelligence autonome. Toutes les autres flottent dans l’histoire, non arrimées. Avant-hier encore, un interviewer s’enthousiasmait devant moi : « tiens, il y a un courant de filles à la guitare ou au piano pour le moment ». Voilà, voilà, j’ai pensé. Ça me semble symptomatique, et aussi ridicule que de dire : « tiens, il y a un courant de mecs à la guitare et au piano pour le moment ». Mon monde musical à moi, ma discothèque, mon ipod, est rempli de filles à la guitare et au piano. Et ce n’est pas un courant, c’est l’histoire de la musique, aussi.


Mais tout ça est très diffus et délicat. Ce n’est pas spécialement difficile d’être une fille qui fait de la musique. Et il y a certains avantages aussi. Ce qui ne m’empêche pas d’être attentive et de continuer de constater cette différence dans la perception du masculin et du féminin (comme, d’un côté l’essence et, de l’autre, l’anecdote).


Et enfin, une chose que tu ne sais pas faire / que tu ne connais pas, et que tu aimerais apprendre?


J’envisage doucement de commencer à m’instruire et apprendre enfin à lire correctement et écrire la musique. Je pense que j’avais d’abord beaucoup de choses à explorer et beaucoup de défis à relever dans l’ignorance de la science musicale. Et je me demande si mon prochain disque ne sera pas la dernière étape de cette exploration, si je n’aurai pas à ce moment là atteint mes limites. L’instruction me fait peur parce qu’elle est une menace à ce que j’imagine être mon détachement et ma liberté par rapport aux codes musicaux. Mais je sens que pour aller plus loin, il me faudra sans doute passer par là. Et je compte sur mon expérience de totale liberté passée pour m’aider à garder ma spontanéité et mes fantaisies propres.


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