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interviews, conversations




Il y a 200 ans, se lancer dans la pratique de l’équitation ou de la musique représentait sans doute le plus proche équivalent de nos actuels sports extrêmes.

Depuis, on ne compte plus les pianos libres et sauvages rivalisant d’audace.

Autorisés depuis Frédéric Chopin à composer avec leurs émotions, à laisser leurs mains parler pour leurs âmes bouillonnantes, leurs descendants successifs, musiciens classiques, jazzmen ou folk singers ne se sont pas privé d’inventer la musique des sphères en multipiste.

Aujourd’hui, Cascadeur a choisi comme maîtres Schubert et Chopin, est tombé d’Erroll Garner en Patrick Watson, chemine en compagnie des fantômes de Tim et Jeff Buckley. Sur scène l’homme arrive coiffé d’un casque blanc marqué au front d’une étoile rouge et nous sommes embarqués sitôt que le piano déboule, Cascadeur devient cosmonaute.

Lorsqu’il enlève le casque, Cascadeur est Alexandre Longo. Quand le premier désire se mesurer à l’univers infini, visiter les mondes invisibles avec des titres gonflés (« the Odyssey », « Cosmic Shower », rien de moins), l’autre le tire par la manche et lui rappelle combien l’essentiel d’une vie reste à portée de main, à portée de voix, à la rencontre d’autres terriens curieux et attentifs. Cascadeur/Alexandre est un pianiste padawan, plasticien de formation, avec une voix de funambule sur corde sensible. Il sample un soupir, quelques notes ou un instrument jouet pour accompagner le piano magistral, et dans un drôle de rêve éveillé, laisse entrer le soleil dans sa mélancolie.


Une conversation tardive d’après concert, à lire juste avant ou juste après l’excellente interview de Culturopoing.


Depuis combien de temps le personnage de Cascadeur existe-il?


Depuis que je suis enfant. J’avais un jouet qui s’appelait Cascadeur et il s’avère que quelques années plus tard je redeviens Cascadeur.

J’avais aussi des panoplies, Zorro, les indiens, une coiffe de chef indien que mes parents m’avaient ramenée du Mexique. Je descendais en dessous de chez moi, dans un espace public, déguisé. C’est drôle d’y repenser parce que tout est inconscient… Cela fait bien longtemps que je suis Cascadeur.


Ce soir sur scène tu étais dans un genre de rituel, qui te permet de te poser, avec en même temps beaucoup d’humour. Est-ce que les deux aspects sont importants pour toi?


Oui, le jeu est important. On le perd souvent dans l’éducation musicale. On ne « joue » plus d’un instrument, on « fait » du piano. Il est essentiel pour moi d’essayer de cultiver le jeu musical ou footballistique. Cette part d’enfance me tient éveillé. J’espère y être fidèle. Ainsi je suis un peu le fantôme de l’enfant que je ne suis plus.

A travers mon projet, mes goûts esthétiques je pense être très fidèle à des amours - des gens diraient des passions… je ne sais pas si ce sont des passions - la musique en fait partie, le déguisement et l’amusement aussi.


Quand as-tu commencé à écrire de la musique?


Dans mon souvenir je devais avoir douze ou treize ans. J’écrivais des trucs qui devaient être assez épouvantables que je dois avoir encore. Une sorte de Michel Berger je pense mais bon (rires)…


Un disque déclic, qui t’a donné envie d’écrire, ou par lequel tu es entré dans la musique pas comme les autres?


C’est à nouveau une donnée structurelle familiale. Nous revoilà dans le travail de mémoire. Je suis enfant unique et n’ayant pas de grand frère ni de grande soeur j’étais un peu un autodidacte. J’ai écouté les disques de mes parents. Je me souviens avoir été vraiment impressionné par un disque d’Erroll Garner, le pianiste de jazz et… ça rebondissait. Je ne comprenais pas, je me demandais « comment font-ils? ». Je pense avoir une approche visuelle de la musique et donc pour moi ce n’était pas les mains mais dans mon esprit, il y avait des choses qui rebondissaient.

Beaucoup de choses ensuite. Mes parents écoutaient les Pink Floyd, les percussions de Strasbourg, beaucoup d’opéras. Ils m’ont traîné dans plein de concerts. J’ai de la chance d’avoir des parents un peu éclairés.


Lorsqu’on te voit sur scène le corps n’est pas du tout nié, on voit au contraire quelque chose de très physique.


Moi je suis une danseuse… j’espère être une danseuse. Pour le moment je me réfrène mais je souhaite dans le futur développer plus encore le corps et les déplacements. C’est vraiment important d’avoir un espace temps comme ça. Cascadeur est un projet dans l’espace et le temps. Maintenant que j’ai un peu plus de temps je peux revisiter l’enfance, rejoindre ces zones-là. Je crois que la musique est d’abord un rapport charnel, sensuel à un instrument dans un premier temps, avant d’être un rapport à l’autre.

Plus j’avance avec Cascadeur plus j’ai envie d’embrasser le casque. Je ne le faisais pas au début. Ce n’est pas du cinéma, enfin c’est de la mise en scène, mais je le ressens. C’est lui Cascadeur, finalement et j’ai envie de le rejoindre par le geste.

Et Louis, le violoniste invité sur deux morceaux, est aussi une prolongation de ce que je ne fais pas sur scène. J’aimerais jouer du violon mais Louis est là et c’est une rallonge.


Pendant le concert de ce soir, « Drinking bull », jouée avec Louis, était vraiment magnifique, le genre de chansons que tu n’as pas envie de voir finir.


Quand on fait de la musique on est dans un rapport au temps et là se posent plein de questions sur scène parce que je pourrais tout à fait concevoir de ne faire qu’un morceau et de le développer.

Le concert est une aventure musicale. « The odyssey » par exemple est une odyssée musicale et une trajectoire de vie avec ses strates. Je tends vers ce voyage. Dans ma formation j’ai beaucoup aimé le jazz. A un moment je n’écoutais que ça et je suis revenu ensuite à la pop avec Portishead, le mouvement trip hop.

Le jazz est extraordinaire. C’est autre chose. On n’est plus dans le morceau, on arrive à autre chose et c’est cette « autre chose » qui me plaît. Voilà ce que je cherche dans Cascadeur.

Je suis un songwriter, j’adore les chansons mais l’académisme de la structure me gêne. Par exemple « Shooting star » qui est - on va dire - le tube n’est pas mon morceau préféré parce que je joue sur l’idée d’étoile filante liée à la starisation en écrivant un tube pour servir le propos. J’écris le tube en dénonçant le star system. Au fond de moi je tends vers les voyages et justement pas vers les étoiles filantes.


Quel a été ton chemin d’apprentissage musical?


C’est d’abord le classique. Je suis passé dans le moule académique. J’ai appris le piano donc bien malgré moi je me suis intéressé à la musique classique dont on retrouve parfois les bases dans la musique de Cascadeur.


As-tu un morceau que tu as vraiment aimé jouer, plus que les autres?


Beaucoup sont vraiment ancrés. Je vais choisir un morceau de Schubert qui s’appelle « Trio », en mi bémol je crois. Il a été rendu célèbre parce qu’il est joué par Kubrick dans « Barry Lyndon » dans la scène où Barry rejoint la comtesse.

C’est un grand souvenir de cinéma. Je l’ai vu quand il est sorti en 1976, c’était une des premières fois que j’allais au cinéma. Dans Barry Lyndon on entend bien sûr la Sarabande de Haendel mais aussi ce Trio de Schubert. Schubert et Chopin sont des grands pères de Cascadeur.


Combien de disques dans ta collection?


J’en ai beaucoup. Je ne sais pas combien. J’en achète beaucoup et je n’en grave jamais. J’ai horreur des palmarès. Cette idée m’a toujours énervé, « si tu avais un disque à emporter… » je sais que c’est une question intéressante mais elle me fait peur parce qu’elle est complètement erronée puisque ça sous-entend que j’aurais écouté tous les disques. De la même manière les arts m’intéressent parce que je ne me dis pas que Matisse est un meilleur peintre que Paul Klee.

Je n’aime pas ce rapport numérique parce que la valeur matérielle n’est pas la valeur culturelle. Les gens disent « j’ai acheté le disque » mais est-ce qu’ils « entendent »?

J’ai énormément de choses mais je ne suis pas énormément de choses. Mais j’ai un énorme amour des disques et des livres. J’ai peut-être plus de livres que de disques. A tel point que je me dis « c’est affolant, tu es entouré de livres, est-ce que tu les as tous lus? Il faudrait que tu n’aies qu’un livre et que tu le relises sans arrêt. Connais-le. » Je ne relis pas assez. J’aurais de quoi relire pendant trois vies.

Ce rapport presque rapace à la possession intellectuelle me fait peur. On est dans la flatterie, dans l’ego.

En regardant des revues, combien de fois tu te marres en lisant les interviews d’écrivain en photo devant la bibliothèque, ou le pianiste devant son Steinway. Cette richesse intérieure qu’on nous montre à l’extérieur est absurde. J’ai horreur de ça. J’ai un très grand respect pour le pianiste mais quelque part on est dans la coquetterie. Il n’y a pas que cela heureusement mais on est dans l’exposition. La fierté n’est pas d’avoir une grosse voiture, mais une belle bibliothèque.


Quel est le disque le plus rapide ou le bruyant de ta collection?


C’est très difficile parce que je ne dispose pas de mes disques. Je ne les maîtrise pas. Ils sont en moi mais ils sont volatils, je ne les « ai » pas. Tu vois, justement c’est le paradoxe. Les disques sont sans cesse en toi, et en dehors de toi.

Contrairement à des amis musiciens qui écoutent des disques tout le temps, il m’arrive de passer plusieurs jours sans rien écouter. Mais je joue de la musique plusieurs heures par jour, je crois que j’ai en moi toute cette musique à « évacuer ».


Si je reformule, quel disque choisis-tu quand tu sais que tu veux écouter du bruit?


Je n’écoute pas de disque, j’allume la télé pour du bruit. Et encore qu’est-ce que le bruit? Pour moi le plus grand des bruits c’est le silence. Je ne fais pas de la musique pour être entouré de son. Finalement j’écoute peu de musique. Je ne dis pas que je n’en ai pas besoin mais je ne peux plus en écouter parce que mon corps en émet beaucoup. Je crois que le disque le plus bruyant pour moi est la télévision, c’est un disque continu.


« Drinking Bull », « Walker », « The odyssey », tes chansons racontent des histoires. Quels sont tes personnages préférés?


C’est vaste. Il y a tellement de choses qui me nourrissent. Je parlais du cinéma. J’ai vu beaucoup de films. Le cinéma permet la transversalité des différents arts. C’est aussi ce qui se passe avec Cascadeur. L’espace, le corps, le son et aussi l’image. J’ai une formation de plasticien. Parfois les gens me disent que ce que je fais est très plastique et j’en suis conscient.

Je fais de la peinture quand je fais de la musique et je fais sans doute de la musique quand je fais de la peinture. J’en suis certain et je le revendique. Ce ne sont pas des paroles en l’air.

Les hommes, les êtres humains qui me captivent le plus sont les gens qui ont cette force. Par exemple je suis fasciné par Gilles Deleuze. Il est très impressionnant par sa culture. Lorsqu’il voit un surfeur il va parler de Leibniz parce qu’il arrive à traduire toutes ses richesses intérieures dans un langage qui traverse différents domaines.

Un personnage de roman… J’aime beaucoup ce livre : « Proust et les signes » de Deleuze. J’ai été très touché par Proust que j’ai lu assez tard. Voilà un personnage : le narrateur. Proust réussit à visiter plein de domaines dans « La recherche ». Alors voilà, j’aimerais bien être « le narrateur » J’aimerais avoir cette finesse.

Je veux que Cascadeur soit un laboratoire ouvert et pour cela j’invite toujours quelqu’un avec moi. Je ne suis pas seul. D’une part je ne suis pas seul en studio, je travaille avec des amis qui m’aident et ensuite dans ce que j’évoque je suis visité comme un mystique.


Je n’osais pas le dire parce que c’est un de ces mots qui peuvent faire démarrer une conversation lourdingue.


C’est pour cela qu’il faut s’amuser. C’est le seul moyen de dynamiter le truc sinon il y aurait un peu trop de pathos dans Cascadeur. Les morceaux sont un peu mélancoliques et j’ai vraiment besoin de m’amuser. Parfois je suis sans doute un peu pontifiant mais j’aimerais bien pouvoir parler un peu plus comme je le fais maintenant. Ce sont des moments rares.


Une chanson que tu as regretté de ne pas avoir écrite toi-même?


Il y en a plein. « Crazy »: j’aime bien ce morceau. Il y a un pont à la Bowie après le refrain. Il y a des milliers de choses incroyables dans la musique populaire alors je vais être très classique. « A day in the life » des Beatles m’a vraiment marqué étant enfant. C’est leur « Odyssey » à eux. C’est le morceau que j’ai dû écouter le plus dans ma vie, un morceau fondateur pour un petit garçon.


Que fais-tu de ton temps libre?


Beaucoup de choses. Je suis avec des gens. J’ai besoin du rapport humain même s’il n’est pas toujours facile à cultiver. J’ai besoin de savoir que j’ai des vrais amis, des appuis qui sont là, même si on se voit rarement. Je pense souvent à mes amis. C’est hyper important l’amitié.

Le jeu et le foot aussi. J’adore le foot. J’ai passé énormément de temps à regarder des matches de foot. A jouer aussi mais j’aime beaucoup regarder. C’est toujours la même chose finalement. Ca dure une heure et demie, tu as une balle avec deux groupes de mecs qui courent. Mais si tu regardes d’une certaine façon c’est riche d’enseignements parce que c’est de la danse. Ce sont des corps dans l’espace et le temps, de la géométrie des trajectoires, des analyses.

Il faut une très grande intelligence pour très bien jouer. Zidane pour moi est forcément très intelligent, pas par les mots parce qu’il s’exprime assez mal mais pour jouer à ce niveau-là il faut avoir une intelligence de l’espace et une intelligence des autres. Donc le football est un superbe jeu. C’est comme un film, on est dans un thriller avec un scénario, une trame dramatique à suspense. Evidemment il y a des matches emmerdants comme il y a des films emmerdants mais quand on est pris dans un grand match on est absorbé comme dans un grand concert. J’éprouve la même joie, même plus de joie à regarder un grand match, un grand joueur.

Et puis j’aime bien lire, m’amuser, jouer aux cartes. Malheureusement on ne va plus beaucoup au cinéma mais on regarde beaucoup de films. J’aime bien les vieux films, je ne connais pas trop le cinema contemporain. C’est la même chose en littérature. J’ai besoin de temps. Je n’ai pas vu « Amélie Poulain » par exemple. Je ne dis pas que ce n’est pas bien mais je me méfie.


Ton super héros préféré?


Le poilu qui vient de mourir, Lazare Ponticelli. Ce monsieur qui était un immigré était d’une dignité incroyable. On a voulu le barioler de médailles et il a refusé parce qu’il n’était pas d’accord avec ce que ça voulait dire. Voilà un super héros. Il pense à la collectivité et comprend que l’héroïsme est ridicule.


Ton monstre préféré?


Il y en a beaucoup. Kubrick. Ce monsieur est un monstre, il est glaçant. C’était quelqu’un de très dur, au cinéma hyper cérébral. Il s’intéresse à la monstruosité de l’arrivisme et du pouvoir dans « Barry Lyndon », à la cupidité dans « Shining », « 2001 » montre la conquête de l’espace, le dérèglement de l’homme. La machine prend le pouvoir et l’homme se fait bouffer.

Kubrick était monstrueux parce que son cinema décrit la monstruosité et lui-même par ricochet est un monstre, un monstre de travail, d’exigence. Il nous donne à voir sa monstruosité représentée par ses films. Alors est-ce que ce sont les créateurs qui ressemblent à leurs oeuvres ou l’inverse? Je suis fasciné par ces gens là.


Qu’as tu appris aujourd’hui?


J’ai constaté que je te faisais attendre, mais pour de bonnes raisons parce que c’était chouette après le concert d’être en face de gens sensibles qui me parlaient de la petite émotion qu’ils avaient pu ressentir, que je leur avais fournie. Ce sont des moments rares.

Souvent après les concerts je ressens l’envie de rester avec des gens qui sont là, dans un drôle de temps. Ces moments là me font tenir aussi psychologiquement. Ils sont une des raisons pour lesquelles je fais de la musique. Ce sont des moments amoureux pour moi et les gens. Des fois c’est de l’amour en vingt minutes et moi je resterais bien un peu plus longtemps mais on a des obligations. Rien que pour ça je n’ai pas envie d’être une star, j’ai envie de garder un rapport au temps et aux gens respectable donc, accorder du temps, voilà ce que j’ai appris aujourd’hui.


Cascadeur sur myspace, et sur cqfd.


Une video du festival des Inaperçus.


1 commentaire

  1. william:

    J’ai vu Cascadeur à Chambéry cet été et j’ai passé un excellent moment .En plus on a eu la chance de trouver pour quelques morceaux au coté de Cascadeur les musiciens d’Orwell.

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