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interviews, conversations

Arlt, août 2012



Arlt est d’abord un groupe difficile à comprendre du premier coup, un groupe qui exige d’articuler clairement. « Tu viens voir Arlt aux trinitaires la semaine prochaine ? »  « Qui ça ? » « Aarrlltt » « Ah, arlt ! ».


Arlt sonne comme quelqu’un qui se gausse ou qui s’insurge, fait penser à des tas d’autres mots qui contiennent plus ou moins les mêmes lettres,


Arlt est un groupe français formé par Eloïse Decazes et Sing Sing. Leur mur facebook est une mine, une bibliothèque de chansons réjouissantes, présentées en quelques mots qui font envie, un mélange d’artistes très différents dont l’un des points communs est de n’en faire qu’à leur tête. Ils échangent des tas de choses avec d’autres esprits libres (Delphine Dora, Bertrand Belin, Richard Robert…), car membres d’une coalition informelle de passeurs d’une grande générosité. Des gens qui se reconnaissent.


Tout en empruntant son nom à un auteur argentin, Arlt, fan de toutes les musiques de travers, dont beaucoup d’anglophones, ajoute une lettre au mot art pour entrer par la fenêtre, avec un pied de nez, dans le club très select des « four letter words ».


Sur scène, Arlt est trois, l’aventurier et la chercheuse sont accompagnés de Mocke, moitié du groupe Holden, guitariste tout à son affaire. C’est un concert élégamment casse gueule, en équilibre instable. Un truc de poète fait de tout ce qu’ils ont écouté, discuté, travaillé, imaginé, un truc très personnel, très à nul autre pareil et très impressionnant.



Un grand merci à Sing Sing et Eloïse pour leurs réponses et pour toutes les références à explorer, les livres à lire, les disques à écouter, les pistes à suivre.



En lire plus sur Arlt :


Almost Musique


Pinkushion, l’album “Feu la figure”, piste après piste.


Arlt sur facebook







Pourquoi avoir enregistré le deuxième album au Canada ?


Sing Sing: A Montreal précisément. Pour le studio (Hotel2Tango) dont nous savions que l’acoustique, l’esprit, l’histoire et le fonctionnement seraient utiles à nos rêveries et notre façon de travailler. Pour l’ingénieur du son Radwan Ghazi Moumneh, que nous avions rencontré et dont nous aimions autant le travail que la personnalité. Pour la ville, inspirante.




Est-ce que l’arrivée de Mocke, guitariste du groupe Holden, a changé beaucoup de choses dans votre manière d’écrire ? Aviez-vous prévu d’«agrandir» Arlt ou était-ce une rencontre fortuite, une décision rapide ?


Eloïse: C’est un genre de rencontre fortuite oui, mais qui a pris son temps. On ne cherchait pas à agrandir le groupe. On peut dire que Mocke nous est “apparu”, progressivement mais avec évidence et naturel.


Sing Sing: Il faut rappeler qu’on invite Mocke à jouer avec nous depuis 5 ans , quand même (et Arlt n’existe que depuis 6 ans). En ce moment c’est vrai qu’il nous rejoint plus souvent qu’avant sur scène et que ses parties de guitares sont plus présentes sur “Feu la figure” que sur “La langue” où il opérait de façon disons plus… subliminale.

Les nouvelles chansons réclamaient une présence plus forte de sa part, un toucher plus expressif, des apparitions moins fantomatiques. Mais il n’est pas nouveau dans le groupe. Il y est simplement moins rare et moins discret.




Quels souvenirs gardez-vous de vos concerts aux États-Unis ? Et de vos souvenirs en pays non francophones d’ailleurs ? Est-ce très différent de jouer pour des gens qui ne comprennent pas forcément la langue ?


Sing Sing: Des tas de souvenirs assez difficiles à communiquer. Des souvenirs à la fois très vifs, très forts et très fragiles.


Eloïse: Dans les pays non francophones les concerts sont peut-être un peu différent oui. Les auditeurs/spectateurs sont du coup moins préoccupés par le propos, le sens de ce qui est dit. Ce qui n’est pas forcément plus mal. Mais ça ne compte pas tant que ça. A part que j’ai l’impression que le public non francophone danse plus facilement, même au son d’une simple guitare et de deux voix.


Sing Sing: On a nous-même l’habitude d’écouter de la musique chantée dans diverses langues qu’on ne maitrise pas nécessairement. Le chant devient alors pure musique au lieu de supposer un discours. La voix, le chant envoûte ou agace ou dessine des paysages plutôt que de tendre à “communiquer”. En tout cas ça communique par d’autres voies, peut-être plus nerveuses, plus physiques, je ne sais pas trop. Je ne dis pas que c’est mieux. Mais c’est au moins aussi bien.




En écoutant les paroles, on se rend vite comprendre que l’écriture est particulière, faute de savoir en dire plus. Quels écrivains vous nourrissent ?


Sing Sing: J’ose espérer que toutes les écritures sont particulières (sans quoi ça n’est que de la communication).

Pour ce qui est de la littérature (mais attention la chanson n’en est pas) je crois que tout ce qui est lu (ou entendu) finit par infuser d’une manière ou d’une autre. Ceci dit, je suis particulièrement travaillé par les langues coruscantes, volubiles, presque phosphorescentes d’un Charles-Albert Cingria ou d’un Joseph Delteil, des langues un peu baroques, un peu grasses, imagées, vivantes et toujours en mouvement. Je me suis aussi laissé impressionner par le babil des personnages de Valère Novarina, par le français non fixé des auteurs du moyen-âge ou encore par l’écriture microscopique et dansée de Robert Walser. Mais le langage aussi répétitif qu’évasif des contes, des comptines ou des vieilles rengaines populaires a laissé lui aussi (et peut-être même avant tout) des traces indélébiles dans ma façon de prendre la parole.


Eloïse: Je n’écris pas ces chansons. Par contre je lis. Beckett, Novarina, Savitzkaya, Chevillard, Volodine… Dans une autre genre, Nicolas Bouvier me bouleverse. Et “Le bonheur des tristes” de Luc Dietrich m’a marqué au fer.




Si vous pouviez allez jouer dans un endroit rêvé, où iriez-vous ?


Eloïse: Sur un bateau pris dans la glace, dans le grand nord, devant un public de pingouins. Vraiment. Sauf que je suis effroyablement frileuse.


Sing Sing: Pareil. Ou plus raisonnablement à Portland, Olympia ou Glasgow pour des raisons qui n’échapperont pas aux connaisseurs.




Comment vous est venu l’amour de la musique ?


Sing Sing: En la découvrant, fragmentée, apparaissant par vagues, adolescent, sur une guitare désaccordée qui trainait là. Avant même d’écouter des disques sérieusement.


Eloïse: En chantant, toute enfant.




Un premier souvenir musical marquant ?


Eloïse: Une autruche se grattant le dos contre une poutre et chantant sa joie de se gratter le dos contre cette poutre, dans un spectacle de marionnettes très cheap.


Sing Sing: Des génériques de séries télé (Batman, Les Mystères de l’Ouest…), ” Au clair de la lune”, “Pierre et le loup”.




Vous partagez de nombreuses videos sur facebook. Quel est le meilleur endroit / le meilleur moment pour écouter de la musique ?


Eloïse: Allongée, dans la pénombre, tard le soir, voire carrément dans un demi-sommeil à la fois ultra disponible. Chez moi le demi-sommeil est un état d’hyper-perception.


Sing Sing: Dans la journée assis à un bureau (je fouille, je cueille, je chasse, je trie, je réfléchis) ou au contraire le soir abandonné sur un canapé, de préférence un peu défoncé. Et dans le train, au casque, ou en bagnole, sur le siège du mort. Comme Eloïse, la nuit, entre le rêve et l’éveil où je perçois les choses avec une acuité différente, sans le barrage de la raison. C’est en tout cas la musique entendue dans cet état qui finit inconsciemment par m’influencer le plus. Avec un compagnon de choix, en la commentant, j’aime bien aussi.




Eloïse, pourquoi avoir tenu un marteau sur scène à Metz ?


Eloïse: Je l’ai souvent sur scène. Pas toujours mais souvent. Il m’est arrivé de le remplacer par une grosse clé en fer, une raquette de ping pong, une pelle de chantier trouvée dans les parages. Le plus souvent quand même c’est le marteau. Il n’a pas d’utilité particulière. Pour moi c’est un peu une prothèse qui allongerait mon bras, prolongerait ma main. C’est aussi un élément de perturbation, une présence absurde (un outil déplacé, déboussolé, privé de sa fonction initiale). Il appelle quelque chose qui ne vient jamais clairement ce qui peut créer une forme de tension. Moi je n’y projette rien de précis mais j’imagine que selon les gens il peut avoir des résonances symboliques diverses.


Sing Sing: Pour moi c’est un objet chamanique ou quelque chose dans ce goût. Un élément de mystère, un instrument magnétique. Il me plait beaucoup parce qu’il peut, appeler, soulever, accueillir tellement de choses très différentes, tout en restant plutôt discret. Un marteau c’est très familier, très reconnaissable et dans ce contexte, ça devient un vecteur d’étrangeté.




De laquelle de vos chansons êtes-vous les plus fiers ?


Eloïse: “Revoir la mer” qui est quasiment la seule que j’ai écrite! Sinon, j’aime particulièrement chanter les chansons les plus étrangement structurées, un peu torsadées (”Que se passe-t-il?”, “Lettre morte”, “Château d’Eau”, “Une sauterelle dessinée par un fou”).


Sing Sing: En ce moment,”Château d’Eau” et “Tu m’as encore crevé un cheval”. Ce sont celles qui continuent de m’intriguer le plus moi-même, que j’ai l’impression de redécouvrir à mesure que je les joue. Mais ça dépend des périodes.




« Je voudrais être mariée » est un traditionnel. Faites-vous d’autres reprises chez vous, en concert ?


Sing Sing: Peu. Mais ça vient.




Quels sont les personnes, plus spécialement les caractères féminins qui vous inspirent ?


Eloïse: Cassandre dans l’Odyssée. Josephine Foster. Reiko Kudo. Céline Minard et scomparo.


Sing Sing: Les mêmes (mais je ne connais pas Cassandre). Et aussi Hildegard Von Bingen, Delphine Dora, Patti Waters. De nombreuses actrices. Des danseuses dont j’ignore le nom. Choléra et ses sœurs dans le roman de Joseph Delteil.




Y a-t-il quelque chose de particulier à être une femme dans le monde de la musique ?


Eloïse: Je ne sais pas. Je m’intéresse à la musique en soi plus qu’à ce que tu appelles le “monde de la musique”. Et je ne pense pas m’y intéresser particulièrement en tant que femme. Je ne me pose pas vraiment la question en ces termes. J’ai conscience que certains (ou certaines) pourront trouver ça dommage. Mais c’est comme ça.




Y a-t-il un genre musical que vous ne connaissez pas très bien et voudriez explorer un jour ?


Sing Sing: Le hip-hop. En tant qu’auditeur en tout cas.Mais je ne m’intéresse pas plus que ça aux “genres” en tant que tels.


Eloïse: Je ne connais aucun genre musical sur le bout des doigts. J’aimerai en tout cas explorer mieux la musique ancienne, classique, baroque, contemporaine, peut-être même l’opéra, le répertoire de compositeurs aussi divers que Schubert, Purcell, Dowland, Berio…




Quelle importance accordez-vous à l’endroit où vous vivez ?


Sing Sing: Une importance variable.


Eloïse: Une grande importance mais je ne ne saurai pas dire en quoi.




Que faites-vous quand vous ne faites pas de musique ? Pratiquez-vous aussi d’autres formes d’art sur d’autres matériaux ?


Eloïse: Je fais des images avec des appareils photo à moitié cassés. Je tricote des écharpes et des couvertures (c’est bien un truc de frileuse…). Je déplace des objets. J’essaye de couper le feu avec mes mains. Je danse (mais toujours trop peu). J’apparais d’une façon ou d’une autre dans des films dont on parle plus ou moins.


Sing Sing: Je lis, je bois des coups, je cause. Je traque les fantômes au cinoche. De temps en temps, je rédige une chronique de disque.




Sur quels disques savez-vous pouvoir compter ? lesquels réécoutez-vous régulièrement ?


Eloïse: “Armchair Boogie” de Michael Hurley, “Dandruff” d’Ivor Cutler, “le Codex Chantilly, ballades et Rondeaux” par l’Ensemble Organum de Marcel Pérès. Les chansons Napolitaines de Roberto Murolo


Sing Sing: dans les disques que j’écoute régulièrement, “Corky’s Debt to his Father” de Mayo Thompson et “Blues du Jour” de Maher Shalal Hash Baz (deux disques dont chaque écoute nouvelle écoute redonne une leçon de courage, de liberté, d’humour et de beauté féroce).

Comme à la radio” de Brigitte Fontaine et l’Art Ensemble of Chicago (pour à peu près les mêmes raisons).

Les démos du Velvet Underground (parce qu’on y entend toute la musique américaine et plus retournée dans tous les sens en quelques brouillons foudroyants).

“Back Porch Hillbilly Blues” de Henry Flynt (entre une bonne dizaine de raisons, parce que c’est comme ça que j’aime entendre sonner une guitare, frêle et mauvaise).

“Shleep” de Robert Wyatt (machine désirante qui soigne le cœur à chaque mesure en même temps qu’il intensifie les fonctions du bulbe).

“Voyage à l’Ombre” de Ghédalia Tazartès (j’y retrouve voix ancêtres et âme d’enfant d’un coup d’un seul).

Toutes les compilations du label Mississippi Records, où de vieux 78 tours de musique ethniques fracassées côtoient amoureusement ballades soul nucléaire, chansons de cow-boys au cœur brisé, rebetiko haschichin, Moondog, Sun Ra et Tom Zé. (pour les paysages inédits qui se dessinent alors, la toute puissance de l’imagination, la poésie trouble et le bonheur des incongruités).




Si vous pouviez passer une journée dans la peau de quelqu’un d’autre, qui seriez-vous ?


Sing Sing: Un personnage de fiction (Don Quichotte? Long John Silver? L’agent Dale Cooper?). Ou un acteur (j’hésite entre Buster Keaton, Robert Mitchum et Michel Simon). Une vieille dame pétaradante qui boit des coups, fume des clopes à la chaine, joue aux dés en marmonnant le nom des morts, tire au fusil.


Eloïse: Crab, le personnage sans propriété fixe d’Eric Chevillard. Ou Robin des Bois.




Si on vous proposait d’inventer et de construire quelque chose spécialement pour vous, que demanderiez-vous ?


Sing Sing: Peut-être une machine à remonter le temps.


Eloïse: Je ne saurais pas me décider, je commencerais à paniquer, je me retrouverais avec rien, je le regretterais toute ma vie.




Qui/Quel est votre monstre préféré ?


Sing Sing: King Kong, c’est un monstre? Parce que j’aime vraiment beaucoup King Kong.


Et les loups-garous.

Et puis la brigade de monstres autour de HellBoy.


Eloïse: Les Maxi-Monstres.




Et votre super héros préféré ?


Eloïse: Je ne sais pas. L’Incroyable Hulk, peut-être. Il m’est sympathique.


Sing Sing: Je crois que j’aime bien la figure de Wolverine. Et j’ai toujours été fasciné par le Joker qui n’est pas à proprement parler un super-héros.




Qu’avez-vous appris aujourd’hui/ récemment ?


Eloïse: Que j’avais une canine fossilisée.


Sing Sing: Que le jaune d’œuf serait aussi dangereux pour les artères que la fumée de cigarettes. Ou quelque chose comme ça.




Pourriez-vous choisir chacun trois mots pour décrire l’autre ?


Sing Sing: Somnambule, Aigüe, Magnétique. Et peut-être aussi fugueuse, si je peux me permettre d’en ajouter un quatrième.


Eloïse: Paradoxal, Intense, Désordonné.




Et pour finir, un jeu de mot idiot, une blague récurrente à partager ?


Sing Sing: Non, ce qui est drôle l’est toujours inopinément.


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